Étude de cas · Marche & accessibilité

Plan marche en Seine-Saint-Denis : rendre deux axes plus marchables

Une avenue commerçante à Aubervilliers, un secteur coupé par le périphérique à la porte Chaumont. Deux terrains très différents, une même question : qu'est-ce qui empêche de bien y marcher, et par quoi commencer ?

Étude collective2024 – 2025Lecture : 7 min
CadreProjet collectif du Master 2 Mobilité durable, transition et société (UVSQ – Université Paris-Saclay)
SujetQuelles stratégies pour le plan marche du Département de la Seine-Saint-Denis ?
TerrainsAvenue de la République (Aubervilliers) ; rue Sigmund-Freud, porte Chaumont et rue Honoré-d'Estienne-d'Orves (Paris 19ᵉ – Le Pré-Saint-Gervais)
LivrablesDiagnostic de marchabilité, puis propositions d'aménagement phasées (rapport final, mars 2025)
Trottoir de l'avenue de la République à Aubervilliers, près d'une sortie de métro : alignement d'arbres, piétons et groupe de jeunes le long d'une barrière
Aubervilliers, avenue de la République. Le trottoir est large, mais la bande réellement utilisable se réduit entre la sortie du métro, les fosses d'arbres et les barrières. Photo de terrain · équipe du projet, 2024-2025

01 — Le contexteUn territoire où l'on marche beaucoup

En Seine-Saint-Denis, la marche représente jusqu'à 42 % des déplacements, et bien davantage dans les secteurs les plus denses (source : Apur, 2021). C'est le premier mode de déplacement du territoire, et pourtant les trottoirs, les traversées et les passages sous les grandes infrastructures n'ont pas été pensés pour lui.

L'étude portait sur deux sites choisis pour leurs contrastes : une avenue très fréquentée entre la mairie d'Aubervilliers et le carrefour des Quatre-Chemins, et un secteur à cheval entre Paris et Le Pré-Saint-Gervais, marqué par le boulevard périphérique.

02 — La méthodeRegarder la rue depuis le trottoir

Le travail s'est fait en deux temps : un diagnostic, puis des propositions. Le diagnostic repose sur trois outils simples, les mêmes que pour un PAVE ou un plan piéton communal.

  1. Des relevés à pied. Largeur des trottoirs, obstacles, état des revêtements, abaissés de bordure, éclairage, niveau sonore, traversées : chaque tronçon est parcouru et photographié.
  2. Une grille multicritère. Chaque tronçon est noté sur les mêmes critères — sécurité, accessibilité, confort, intermodalité, nuisances — pour comparer les sites entre eux et repérer les points noirs.
  3. Une analyse forces / faiblesses. Elle sert à hiérarchiser : ce qui relève de l'urgence, ce qui peut attendre, et ce sur quoi le site peut s'appuyer (arbres existants, desserte en transports, commerces).

03 — Les constatsTrois rues, trois problèmes différents

Avenue de la République : de la place, mais encombrée

L'avenue est bien desservie (métro lignes 7 et 12, bus) et très fréquentée. Les trottoirs sont larges par endroits, mais poteaux, poubelles et étals réduisent le passage. Les bordures ne sont pas toutes abaissées, les revêtements sont irréguliers et l'eau stagne à plusieurs endroits. Devant le lycée, les élèves traversent là où il n'y a pas de passage piéton, faute d'en avoir un sur leur trajet naturel.

Rue Honoré-d'Estienne-d'Orves : rue commerçante étroite, passage piéton, cycliste sur la chaussée et stationnement des deux côtés
Rue Honoré-d'Estienne-d'Orves. Rue commerçante, stationnement des deux côtés, trottoirs étroits. Photo de terrain · équipe du projet, 2024-2025
Rue Sigmund-Freud : chaussée pavée large, passage piéton, haut mur de pierre le long du trottoir
Rue Sigmund-Freud. Une chaussée large, un long mur aveugle, peu de raisons de s'arrêter. Photo de terrain · équipe du projet, 2024-2025

Rue Honoré-d'Estienne-d'Orves : vivante, mais trop étroite

C'est l'inverse : la rue est animée et commerçante, mais les trottoirs mesurent 1,40 m en moyenne, encore réduits par les poteaux, les poubelles et le stationnement. Deux poussettes ne s'y croisent pas, un fauteuil roulant y passe difficilement. Les passages piétons sont peu visibles et il n'y a pas d'ombre.

Rue Sigmund-Freud et porte Chaumont : un lieu que l'on traverse vite

Le trottoir nord varie de 2 à 5 m, mais les fosses d'arbres et les mâts d'éclairage occupent le milieu du cheminement. Le bruit de la circulation avoisine 70 dB, il n'y a aucun banc, et le passage sous le périphérique reste sombre et bruyant. La proximité du tramway T3b et de l'hôpital Robert-Debré amène pourtant beaucoup de piétons, dont des personnes à mobilité réduite.

Passage sous le boulevard périphérique : large trottoir sombre sous l'ouvrage, piste cyclable sur le trottoir, tramway visible au fond
Passage sous le périphérique. La largeur est là. Ce qui manque : la lumière, la propreté et une séparation lisible entre piétons et vélos. Photo de terrain · équipe du projet, 2024-2025

04 — Les propositionsQuatre axes, des actions concrètes

Les propositions ont été classées selon quatre axes, communs aux deux sites.

AxeActions proposées
SécuritéPassages piétons mieux signalés, traversées surélevées, éclairage renforcé sur les tronçons sensibles. Nouveau passage piéton devant le lycée, là où les élèves traversent déjà.
AccessibilitéÉlargissement des trottoirs, suppression du mobilier gênant, abaissés de bordure, bandes de guidage et d'éveil à la vigilance.
AttractivitéBancs, arbres et bandes plantées, réaménagement d'une placette existante, fresques sur les murs aveugles.
IntermodalitéCheminements directs vers les stations, stationnement vélo, pistes cyclables séparées du trottoir.

Trois partis pris

Rue Honoré-d'Estienne-d'Orves, le scénario le plus ambitieux passe la chaussée à une voie à sens unique de 3 m pour rendre de la largeur aux trottoirs et créer des bandes plantées qui accueillent aussi les livraisons.

05 — Le phasagePar quoi commencer

Une collectivité ne refait pas une rue entière en une fois. Les actions ont donc été rangées en trois temps, du moins coûteux au plus structurant.

Court termeSécuriser

Marquage et signalisation des traversées, ralentisseurs, retrait des obstacles, potelets contre le stationnement sauvage, éclairage.

Moyen termeRendre confortable

Réfection et élargissement des trottoirs, bancs, premières plantations, stationnement vélo.

Long termeTransformer

Réduction des voies de circulation, zones de rencontre, alignements d'arbres, pistes cyclables continues.

Ce que j'en retiens. La première phase ne demande presque pas de travaux. Dans la plupart des rues, une bonne partie des difficultés vient d'objets mal placés et de traversées peu lisibles : ce sont des corrections rapides, à condition d'avoir d'abord fait le relevé.

Un diagnostic de ce type dans votre commune ?

Relevés de terrain, grille d'analyse, plan d'actions hiérarchisé : c'est la base d'un PAVE ou d'un plan piéton.

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Sources et crédits

Emmanuel NDOUN
Emmanuel NDOUNConsultant mobilité & accessibilité, fondateur de Repère Mobilités. Membre de l'équipe qui a réalisé cette étude.