01 — Le contexteUn territoire où l'on marche beaucoup
En Seine-Saint-Denis, la marche représente jusqu'à 42 % des déplacements, et bien davantage dans les secteurs les plus denses (source : Apur, 2021). C'est le premier mode de déplacement du territoire, et pourtant les trottoirs, les traversées et les passages sous les grandes infrastructures n'ont pas été pensés pour lui.
L'étude portait sur deux sites choisis pour leurs contrastes : une avenue très fréquentée entre la mairie d'Aubervilliers et le carrefour des Quatre-Chemins, et un secteur à cheval entre Paris et Le Pré-Saint-Gervais, marqué par le boulevard périphérique.
02 — La méthodeRegarder la rue depuis le trottoir
Le travail s'est fait en deux temps : un diagnostic, puis des propositions. Le diagnostic repose sur trois outils simples, les mêmes que pour un PAVE ou un plan piéton communal.
- Des relevés à pied. Largeur des trottoirs, obstacles, état des revêtements, abaissés de bordure, éclairage, niveau sonore, traversées : chaque tronçon est parcouru et photographié.
- Une grille multicritère. Chaque tronçon est noté sur les mêmes critères — sécurité, accessibilité, confort, intermodalité, nuisances — pour comparer les sites entre eux et repérer les points noirs.
- Une analyse forces / faiblesses. Elle sert à hiérarchiser : ce qui relève de l'urgence, ce qui peut attendre, et ce sur quoi le site peut s'appuyer (arbres existants, desserte en transports, commerces).
03 — Les constatsTrois rues, trois problèmes différents
Avenue de la République : de la place, mais encombrée
L'avenue est bien desservie (métro lignes 7 et 12, bus) et très fréquentée. Les trottoirs sont larges par endroits, mais poteaux, poubelles et étals réduisent le passage. Les bordures ne sont pas toutes abaissées, les revêtements sont irréguliers et l'eau stagne à plusieurs endroits. Devant le lycée, les élèves traversent là où il n'y a pas de passage piéton, faute d'en avoir un sur leur trajet naturel.
Rue Honoré-d'Estienne-d'Orves : vivante, mais trop étroite
C'est l'inverse : la rue est animée et commerçante, mais les trottoirs mesurent 1,40 m en moyenne, encore réduits par les poteaux, les poubelles et le stationnement. Deux poussettes ne s'y croisent pas, un fauteuil roulant y passe difficilement. Les passages piétons sont peu visibles et il n'y a pas d'ombre.
Rue Sigmund-Freud et porte Chaumont : un lieu que l'on traverse vite
Le trottoir nord varie de 2 à 5 m, mais les fosses d'arbres et les mâts d'éclairage occupent le milieu du cheminement. Le bruit de la circulation avoisine 70 dB, il n'y a aucun banc, et le passage sous le périphérique reste sombre et bruyant. La proximité du tramway T3b et de l'hôpital Robert-Debré amène pourtant beaucoup de piétons, dont des personnes à mobilité réduite.
04 — Les propositionsQuatre axes, des actions concrètes
Les propositions ont été classées selon quatre axes, communs aux deux sites.
| Axe | Actions proposées |
|---|---|
| Sécurité | Passages piétons mieux signalés, traversées surélevées, éclairage renforcé sur les tronçons sensibles. Nouveau passage piéton devant le lycée, là où les élèves traversent déjà. |
| Accessibilité | Élargissement des trottoirs, suppression du mobilier gênant, abaissés de bordure, bandes de guidage et d'éveil à la vigilance. |
| Attractivité | Bancs, arbres et bandes plantées, réaménagement d'une placette existante, fresques sur les murs aveugles. |
| Intermodalité | Cheminements directs vers les stations, stationnement vélo, pistes cyclables séparées du trottoir. |
Trois partis pris
- Garder les arbres, et s'en servir. Rue Sigmund-Freud, les arbres sont au milieu du trottoir. Plutôt que de les supprimer, l'étude propose de les entourer de bancs et d'élargir le trottoir en reportant les vélos sur une chaussée apaisée.
- Une zone de rencontre à 20 km/h au droit du passage emprunté par les collégiens, avec une chaussée à niveau.
- Traiter le passage sous le périphérique comme un lieu, pas comme un tunnel : éclairage plus chaud, balisage au sol, piste cyclable repeinte pour la distinguer du trottoir, fresque réalisée avec les élèves du collège voisin.
Rue Honoré-d'Estienne-d'Orves, le scénario le plus ambitieux passe la chaussée à une voie à sens unique de 3 m pour rendre de la largeur aux trottoirs et créer des bandes plantées qui accueillent aussi les livraisons.
05 — Le phasagePar quoi commencer
Une collectivité ne refait pas une rue entière en une fois. Les actions ont donc été rangées en trois temps, du moins coûteux au plus structurant.
Marquage et signalisation des traversées, ralentisseurs, retrait des obstacles, potelets contre le stationnement sauvage, éclairage.
Réfection et élargissement des trottoirs, bancs, premières plantations, stationnement vélo.
Réduction des voies de circulation, zones de rencontre, alignements d'arbres, pistes cyclables continues.
Un diagnostic de ce type dans votre commune ?
Relevés de terrain, grille d'analyse, plan d'actions hiérarchisé : c'est la base d'un PAVE ou d'un plan piéton.
Sources et crédits
- Quelle(s) stratégie(s) pour le plan marche du Département de la Seine-Saint-Denis ? Rapport final, projet collectif, Master 2 Mobilité durable, transition et société, UVSQ – Université Paris-Saclay, mars 2025.
- Apur (2021). Évolution des mobilités dans le Grand Paris : tendances historiques, évolutions en cours et émergentes.
- Photographies : relevés de terrain de l'équipe du projet. Les visages ont été floutés.
